1-1-246. H. Poincaré to Gösta Mittag-Leffler

[21/5/1909]11Date du cachet de la poste de Paris. Paris-21 mai — Djursholm-24 mai 1909.

Mon cher ami,

Je vais vous envoyer mon manuscrit sur l’équation de Fredholm.22Poincaré 1909a, 1910, 1934, 555–582. J’ai attendu la fin de la grève des postes ; peut-être à tort puisqu’elle n’a pas été sérieuse.

Je viens de recevoir le manuscrit de ma notice que vous avez bien voulu m’adresser. Je m’en occuperai dès que la bibliographie de Lebon aura paru parce qu’elle pourra me servir / de base.33Voir § 245, notes.

Permettez-moi maintenant d’aborder une question assez délicate. Je suis président d’un Comité pour l’Erection d’un Monument à Sully Prudhomme.44Poincaré succède à Sully Prudhomme à l’Académie française le 5 mars 1908. Il a toujours été soucieux de la postérité de son prédécesseur. Outre le traditionnel éloge prononcé le 28 janvier 1909, Poincaré a écrit deux études sur son œuvre ; dans la première, il étudie La vie et l’œuvre poétique et philosophique de Sully Prudhomme (1909c), la seconde de manière surprenante et un peu paradoxale est consacrée à Sully Prudhomme, mathématicien (1909b). L’annonce de l’érection d’un monument en l’honneur du poète est évoquée dans l’Echo de Paris du 29 mai 1908 : Les proches de Sully-Prudhomme — ceux qu’il avait désigné pour la publication de son œuvre ont estimé qu’il leur appartenait d’élever à Paris un monument au poète, au penseur, à l’incomparable et grand ami, et sur leur initiative, un comité vient de se constituer. Le Comité a pris la liberté d’envoyer un appel au roi Gustaf V, en s’autorisant du souvenir du prix Nobel qui a été autrefois décerné au poète.55Sully Prudhomme a obtenu le prix Nobel de Littérature en 1901. Je suis persuadé que Sa Majesté aurait accueilli favorablement cet appel, s’il était parvenu sous ses yeux. Mais nous n’avons reçu aucune réponse et alors je me demande si la lettre a été maladroitement envoyée, et si elle est restée confondue avec beaucoup d’autres dont le roi n’a pas eu connaissance. Je le crains fort, car je ne crois pas qu’on ait pris à cet égard aucune précaution.

Auriez-vous le moyen de savoir ce qu’il en est, et de me dire s’il serait opportun d’envoyer un nouvel appel dans de meilleures conditions.

J’ai commencé à m’occuper de l’affaire Fredholm ; mais nous rencontrons de grandes difficultés ; une partie de la section sera difficile à réduire.66Voir § 245, notes.

Veuillez agréer, mon cher ami, l’assurance de entier dévouement, et présenter à Madame Mittag-Leffler mes respectueux hommages.

Poincaré

ALS 3p. IML 146, Mittag-Leffler Archives, Djursholm.

Time-stamp: "19.03.2015 01:53"

Références