2-45-1. H. Poincaré to Harold Pender

[Ca. 08.1902]

M. Poincaré, 63 rue Claude Bernard à Paris

Mon cher Collègue,

J’ai lu avec le plus grand intérêt les Compte Rendu de vos expériences sur la convection électrique; je fus d’abord persuadé que vous aviez trouvé la véritable cause des résultats négatifs obtenus par M. Crémieu.11Voir Pender (1901a, 1901b, 1902), ainsi que la correspondance entre Poincaré et Victor Crémieu. Mais M. Crémieu a repris ses expériences en se mettant à l’abri de la cause d’erreur que vous aviez signalée et les résultats négatifs ont persisté.

La question n’est donc pas encore résolue comme je l’avais espéré un instant.

Il me semble qu’elle est d’une bien trop grande importance pour la physique tout entière pour qu’on puisse la laisser en suspens. D’un autre côté, je suis persuadé que si vous multipliez les expériences, vous continuerez à trouver des résultats positifs et M. Crémieu à trouver des résultats négatifs de sorte que la question restera encore indécise. Sans doute les deux expérimentateurs sont d’une parfaite bonne foi, mais il y a quelque cause cachée que ni l’un ni l’autre n’ont aperçue et qui explique la différence de leurs résultats malgré l’analogie apparente des moyens employés.

Je crois qu’on n’a qu’une chance de découvrir cette cause cachée. Il faudrait que M. Crémieu et vous opériez à côté l’un de l’autre, sous les yeux et la critique l’un de l’autre; de façon que vous puissiez comparer tous les détails des dispositions expérimentales.

C’est aussi ce que pense lord Kelvin à qui j’ai écrit, pour lui demander son avis à ce sujet.22Selon William Thomson, les expériences simultanées doivent avoir lieu à Baltimore ou à Paris (§ 56.17).

Pourriez-vous venir à Paris passer quinze jours ou un mois, ou davantage si cela était nécessaire et en apportant ceux de vos appareils qui sont transportables ?

Je ne me dissimule pas que ce serait là pour vous un grand dérangement, mais je crois que vous rendriez ainsi un service éminent à la Science.

Je n’ai pas encore parlé de ce projet à M. Bouty et l’exécution en est subordonnée à son consentement, puisque c’est dans son laboratoire que se feraient les expériences que ce serait lui qui prêterait le local que ce serait son budget qui supporterait les frais d’expérience, et lui par conséquent qui ferait l’invitation.33Edmond Bouty dirige le laboratoire de l’enseignement de la physique à la faculté des sciences de Paris. Mais je ne doute pas qu’il ne fasse à mon idée un accueil favorable. Je ne doute pas non plus que l’Université John Hopkins, qui est animée d’un esprit si libéral, ne vous paye vos frais de voyage.44Les frais de Pender feront l’objet d’une subvention de $750 accordée par l’Institut Carnegie (Carnegie Institute of Washington, Year Book, No. 2, 1903, p. xxxix), ainsi qu’une rallonge destinée à prolonger le séjour de Pender à Paris jusqu’à la réunion de Pâques de la Société française de physique (§ 1.1).

Dès que j’aurai votre réponse, si elle est favorable, je parlerai de ce projet à M. Bouty.55La lettre de réponse de Pender n’a pas été retrouvée, mais il a accepté l’invitation de Poincaré.

Votre bien dévoué Collègue,

Poincaré

ALS 4p. Record Group Number 04.030, Department of Physics, Series 13, Ferdinand Hamburger Archives of the Johns Hopkins University.

Time-stamp: "19.03.2015 01:56"

Références