Paul Painlevé to H. Poincaré

Mercredi 6 Avril [1904]

Monsieur et cher maître,

Maître Mornard me demande d’insister auprès de vous sur l’importance qu’il attache au fait que vous fassiez connaître à la Cour votre opinion sur le système Bertillon.

Ses raisons sont les suivantes:

D’abord, il espère éviter le renvoi devant un Conseil de Guerre; en tout cas, le renseignement qu’il pense obtenir, c’est que la Cour déclare formellement (comme le voulait déjà Ballot-Beaupré) que le bordereau est d’Esterhazy.

Or tous les témoins militaires ont basé essentiellement leur raisonnement sur la brochure verte (ultime exposé du système Bertillon-Valerio): dans cette brochure, l’auteur a prétendu répondre à vos objections de Rennes. Il importe que les magistrats puissent s’appuyer sur des autorités scientifiques pour refuser tout crédit au système Bertillon revu et corrigé; et [mot ill.] sur votre opinion, formellement maintenue malgré les audacieuses affirmations de la brochure verte.

En un mot, Me Mornard espère que votre intervention au Conseil de Guerre n’aura pas à se produire, au lieu qu’elle peut être des plus efficaces devant la Cour.

La forme de cette intervention serait d’ailleurs celle qui vous conviendrait le mieux: soit une lettre à Me Mornard qui ne serait pas publiée mais seulement communiquée à la Cour, et qui paraîtrait seulement dans le corps de l’enquête; — soit un témoignage direct devant la Cour.11 1 Une lettre de Poincaré à Painlevé avait été publiée en 1900; voir Poincaré (1900).

Cette dernière forme serait peut-être la meilleure. Verriez-vous un inconvénient à vous laisser citer comme témoin pour affirmer formellement devant la Cour votre opinion de Rennes ?

Je vous prie, Monsieur et cher Maître, de présenter mes respectueux souvenirs à Madame Poincaré et de me croire votre tout dévoué

Paul Painlevé

ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.

Last edit: 28.09.2014

Références