Gösta Mittag-Leffler to H. Poincaré

Djursholm le 5 Juillet 190911On ne dispose que d’une copie carbone de cette lettre dactylographiée et du brouillon (Brefkoncept 4606).

Mon cher ami,

Votre lettre du 28/6 m’est arrivée hier après plusieurs détours. Revenu de Gastein je suis alité ici depuis plusieurs jours dans une fièvre assez grave (probablement influenza). Il m’est donc à l’instant impossible de m’occuper avec l’affaire Sully Prudhomme, mais sitôt que je pourrai je parlerai avec les personnes appropriées et je verrai ce qu’il y aura à faire.

Vous connaissez sans doute l’opuscule de Minkowski ‘‘Raum und Zeit’’22Minkowski 1909. publié après sa mort ainsi que les idées de [Einstein]33Le nom d’Einstein ne paraît que sur le brouillon; à sa place sur le tapuscrit il y a un espace vide. et Lorentz sur la même question. Maintenant M. Fredholm me dit que vous avez touché à des idées semblables avant les autres mais en vous exprimant d’une manière moins philosophique et plus mathématique. Voudriez-vous m’écrire un travail sur ce sujet, où vous mettez, comme vous le faites toujours, la question au clair mais dans un langage compréhensible même pour les simples géomètres ? Je crois que vous feriez alors une grande service à tout le monde et moi je serais fort heureux de pouvoir vous publier.44Fredholm fait allusion aux articles de Poincaré Sur la dynamique de l’électron (Poincaré 1905, 1906), et peut-être Poincaré (1908; Petiau 1954, 551–586). Poincaré a par ailleurs plusieurs fois traité le sujet de la crise de la physique dans des conférences ou des articles destinés à un plus large public. Ainsi, il aborde la question dans sa conférence de Saint Louis, Sur l’état actuel et l’avenir de la physique mathématique (Poincaré 1904), et il prononce une conférence à Göttingen en avril 1909 intitulée La mécanique nouvelle (1910a), peut-être en présence de Mittag-Leffler (voir (§ 1-1-243). Poincaré prononcera sur ce même sujet une conférence plenière au congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences à Lille en août 1909 (Poincaré 1909). Fredholm et Mittag-Leffler devaient déjà commencer à préparer la candidature de Poincaré au prix Nobel de Physique. Le rapport sur ses travaux, rédigé à partir d’un brouillon de Fredholm, fait allusion au mémoire de Poincaré sur la dynamique de l’électron (voir § 1-1-257, note 3) : Dans une autre théorie très actuelle et très délicate, à savoir la théorie des électrons, on doit aussi à Poincaré des résultats de la plus haute importance. Poincaré, dans les Rendiconti del Circolo matematico di Palermo, a considéré les forces qui agissent entre les diverses parties d’un électron et il a trouvé que la célèbre hypothèse de Lorentz sur la contraction des corps en mouvement peut être rendue très probable, si on la considère dans ses rapports avec le principe de relativité. Non moins important est le résultat auquel parvient Poincaré relativement à la gravitation universelle.
On a souvent posé la question de savoir si la gravitation ne met pas un certain temps pour se propager mais depuis Laplace on a généralement admis que les observations astronomiques montrent le contraire. Cependant Poincaré a démontré, dans le travail précité, que la manière dont on a attaqué la question n’était pas la bonne et qu’il est compatible avec les observations que la vitesse de propagation de la gravitation ne dépasse pas même celle de la lumière. (Rapport sur les travaux d’ordre physique de M. Henri Poincaré signé par Appell, Darboux et Fredholm, in Walter 2007b, § 2-62-25)
Pour plus de détails concernant les contributions de Poincaré à la théorie de la relativité, on peut consulter les travaux de Paty (1993, 1996), Miller (1986, 1996), Darrigol (2000), et Walter (2007a, 2009, 2014).

Agréez, je vous en prie mon cher ami, l’expression de mon ancienne et fidèle amitié.

TLX 1p. Mittag-Leffler Archives, Djursholm.

Time-stamp: "11.02.2017 01:20"

Références