1-1-16. Gösta Mittag-Leffler to H. Poincaré

Mardi matin [Ca. fin juin – début juillet 1882]11Dans cette lettre, il est fait mention du désir de Kovalevskaia de rencontrer Poincaré. Or, si elle est à Paris depuis le début de l’année 1882, elle n’a encore rencontré aucun mathématicien français au printemps. Quand il vient à Paris, Mittag-Leffler parviendra à la convaincre de sortir de son isolement : J’avais visité Paris au printemps 1882 et avais trouvé que Sonja ne s’était mise en rapport avec aucun des mathématiciens français et l’avais enfin persuadée avec beaucoup de peine à aller faire une visite chez Hermite. (Mittag-Leffler 1923, 183) Cette première visite aura lieu en mai 1882. Hermite, dans sa lettre adressée à Mittag-Leffler le 19 juin 1882 (Dugac 1984, 160–162), évoque les visites de Kovalevskaia et en particulier celle où elle lui annonce le résultat de Lindemann sur la transcendance de π. D’autre part, dans cette lettre, il est fait mention de la lettre de Weierstrass à Kovalevskaia datée du 14 juin 1882.

Mon cher ami,

Deux nouvelles feuilles de votre mémoire me sont arrivées ce matin. Je m’empresse de vous les envoyer avec la prière que vous veuillez bien les renvoyer à moi sous l’adresse Hôtel Togat, 33 rue de Tournon. J’inclus sous la bande deux exemplaires de ces nouvelles feuilles en vous priant de vouloir bien garder l’une pour vous. J’inclus aussi un exemplaire de chacune des deux premières feuilles et un exemplaire des figures. Il sera bien si vous veuillez les garder.

Madame Kowalewsky22Mittag-Leffler avait fait la connaissance de Kovalevskaia en 1876 lors d’un voyage en Russie. Dans leur correspondance, Weierstrass et lui échangent souvent de ses nouvelles. Dans son article sur la carrière de Kovalevskaia à Stockholm, Hörmander évoque les débuts de l’amitié entre elle et Mittag-Leffler : After receiving his doctorate in Uppsala in 1872, Gösta Mittag-Leffler spent the years 1873–1876 studying in Germany and France. He made many lasting friendships during this period, and in particular he became a devoted student and admirer of Karl Weierstrass in Berlin. It made a great impression on him to hear Weierstrass talk about Sonja Kovalevsky as his best student ever. After four years of study with Weierstrass, she had returned to Russia in 1874 and it was there that Mittag-Leffler met her in 1876. In a letter [… ], he described this encounter: ‘‘Ce qui m’a le plus vivement intéressé à St. Petersbourg, a été de faire la connaissance de Madame Kowalewsky. Aujourd’hui (10 février 1876), j’ai passé quelques heures chez elle. Comme femme, elle est délicieuse. Elle est belle et, quand elle parle, son visage s’éclaire d’une expression de bonté féminine et d’intelligence supérieure qu’on ne soutient pas sans éblouissement. Ses manières sont simples et naturelles, sans aucune trace de pédantisme ou de savoir affecté. Du reste, en tous points ‘dame du monde’. Comme savante, elle se distingue par une clarté et par une précision d’expression peu commune, ainsi que par une conception singulièrement prompte. On s’aperçoit aisément aussi du degré de profondeur où elle a poussé ses études, et je comprends parfaitement que Weierstrass la regarde comme le mieux doué de ses disciples.’’ Shortly afterwards Mittag-Leffler became a professor at Helsingfors University. He tried to arrange a position for Sonja Kovalevsky there but ran into opposition. The Finns were worried that as a Russian nihilist she would foment revolutionary ideas and so provoke the Russians controlling Finland at that time. However, Mittag-Leffler did not give up. After moving to Stockholm in 1881 as the first professor at the new university there, he renewed his efforts on her behalf. Already in June 1881, he wrote in a letter [… ]: ‘‘As far I am concerned, I shall be extremely happy if I have a chance to invite you to Stockholm as a colleague, and I do no doubt that with you in Stockholm our faculty will be one of the most advanced in the mathematical world.’’ After the death of Sonja Kovalevsky’s husband Vladimir in 1883, it was finally arranged that Sonja would come to Stockholm as docent. (Hörmander 1991, 196) est à Paris et aimerait bien de vous voir quand vous retournez de votre exil. Elle a reçu une lettre de M. Weierstrass où il appelle son attention dans les termes les plus flatteurs pour vous sur vos travaux.33Dans cette lettre, Weierstrass incite vivement son élève Kovalevskaia à prendre contact avec les jeunes mathématiciens français et en particulier avec Poincaré : Daß Du die Bekanntschaft von Hermite gemacht hast, wusste ich bereits von diesem selbst. Er hat mir sehr entzückt darüber geschrieben und alle die Fragen aufgezählt, über die Ihr bei Euerer ersten Unterredung gesprochen habt. Mit den anderen Mathematikern wirst Du nun wohl auch in Verkehr treten müssen, die jüngeren, Appell, Picard, Poincaré werden Dich am meisten interessieren. Poincaré ist nach meiner Ansicht von allen der zur mathematischen Speculation Berufenste, möge er nur sein ungewöhnliches Talent nicht zu sehr zersplittern und seine Untersuchungen reifen lassen. Die Theoreme über algebraische Gleichungen zwischen zwei Veränderlichen und über die linearen Differentialgleichungen mit algebraischen Coefficienten, welche er in den Comptes rendus gegeben hat, sind wahrhaft imponirend; sie eröffnen der Analysis neue Wege, welche zu unerwarteten Resultaten führen werden. (Bölling 1993, 266–280) J’ai aussi reçu une lettre de M. Weierstrass où il m’annonce qu’il m’envoie un travail pour le premier numéro de notre journal44Voir § 19, notes.

Nous partons probablement le Jeudi matin. Ma femme et moi-même vous prions de nous rappeler respectueusement dans le bon souvenir de Madame Poincaré

Votre ami tout dévoué

G. Mittag-Leffler.

ALS 3p. Mittag-Leffler Archives, Djursholm.

Time-stamp: "19.03.2015 01:53"

Références