1-1-19. Gösta Mittag-Leffler to H. Poincaré

Stockholm, 18 Septembre 1882

Mon cher ami,

Vous avez fait je trouve pleine et entière justice à ce grossier M. Schwarz et je puis vous confier que c’est aussi l’opinion de M. Weierstrass.11Mittag-Leffler fait état encore plus nettement de l’opinion de Weierstrass sur ce point dans sa lettre à Hermite datée du 3 août 1882 : Je suis resté trois jours à Berlin et ce séjour m’a consolé un peu de la tristesse que j’éprouvais de voir les relations hostiles des géomètres allemands entre eux. [… ] J’ai demandé [à Weierstrass] son opinion dans l’affaire Schwarz-Klein contre Poincaré-Fuchs et il m’a déclaré expressément qu’il trouve que M. Poincaré a parfaitement raison. (AS) C’est dans cette même lettre à Hermite que Mittag-Leffler rapporte les propos de Weierstrass sur sa crainte de voir l’école française redevenir hégémonique : Mais il faut que je vous raconte une autre histoire qui vous fera plaisir. Il y a quelques jours, tous les géomètres berlinois étaient réunis ensemble pour fêter M. Wangerin qui ira à Halle comme successeur de Heine. On parlait des géomètres français, de vous [Hermite], et de Picard et Poincaré. Alors Weierstrass a déclaré : Wir müssen uns teuflisch zusammenraffen wenn nicht Paris noch einmal der Haupsitz der Mathematik werden wird. (AS)

Je vous envoie sous bande encore une épreuve d’une des feuilles de votre mémoire. Veuillez bien encore une fois regarder la page 53. Il me parait que quelques fautes y restent. Envoyez-moi s’il vous plaît cette feuille si tôt qu’il vous sera possible. Je suis maintenant au point d’imprimer votre travail et / j’espère de pouvoir vous en envoyer des tirages à part en 3 ou 4 semaines. Excusez-moi le longue retard que j’ai mis cette fois à publier votre ouvrage. Il y a toujours des difficultés au commencement, mais à l’avenir je publierai très vite et j’espère que vous n’aurez plus d’occasion d’être mécontent avec moi.

Quand est-ce-que je recevrai votre second mémoire ? Le second et le troisième cahier de mon journal suivent peu de temps après le premier et j’aimerais publier le mémoire dans un de ces cahiers. Je crois que cela sera aussi dans votre intérêt car M. Klein s’occupe d’une manière enragée avec / ses recherches et entretient l’espoir de pouvoir vous prévenir22Sur la concurrence scientifique entre Klein et Poincaré, voir § 13, note LABEL:fn:mittag-leffler13-lpeve et le livre de Gray (2000).

M. Weierstrass veut imprimer son mémoire dans le second cahier. Il n’y aura pas de place non plus dans le premier cahier car le mémoire est assez grand. Il demande quelles sont les fonctions les plus générales qui ont un théorème d’addition. Il trouve ainsi toutes ces fonctions desquelles les fonctions doublement périodiques uniformes d’une part et les fonctions Abéliennes d’autre part ne sont que des cas spéciaux. C’est un travail très profond et d’une élégance extrême.33Dans une lettre adressée à Kovalevskaia, datée du 5 août 1882, Weierstrass annonce son intention de faire un ‘‘petit travail’’ pour les Acta mathematica : Ich werde mich in diesen Tagen mit einer kleinen Arbeit für das neue Schwedische Journal beschäftigen, was ich Mittag-Leffler versprochen habe; (Bölling 1993, 287) Weierstrass explique, dans une lettre à Mittag-Leffler datée également du 5 août 1882, son projet d’écrire un mémoire sur les fonctions les plus générales qui admettent un théorème d’addition : Die für Sie bestimmte Abhandlung: ‘‘Bestimmung der allgemeinsten Funktionen einer Veränderlichen, für die ein Additiontheorem besteht’’, ist dem Inhalte nach fertig, wird aber auch zusammengedrängt nicht ganz kurz ausfallen, indem ich es für zweckmässig gehalten habe, auch die Bestimmung der eindeutigen Funktionen der in Rede stehenden Art mit aufzunehmen. Was darüber in der Schwarzschen Formelsammlung steht, genügt doch nicht für solche, die mit meinen Vorlesungen nicht bekannt sind. (Mittag-Leffler 1923, 189) Mittag-Leffler indique que ce mémoire ne fut jamais écrit ou ne sortit jamais des mains de Weierstrass.

Madame Mittag-Leffler me prie de la rappeler dans le bon souvenir de Madame / Poincaré et je vous prie, mon cher ami, d’agréer vous-même l’expression de mes sentiments de haute estime et d’amitié.

G. Mittag-Leffler

ALS 4p. Mittag-Leffler Archives, Djursholm.

Time-stamp: "19.03.2015 01:53"

Références