2-32-2. Lucien de La Rive to H. Poincaré

3 Septembre 1892

Choulex, Canton de Genève

Mon cher collègue,

M. Charles Soret, prof. de phys. à l’université de Genève va publier un travail théorique élémentaire sur la polarisation des diélectriques.11Charles Soret (1854–1904) est professeur de physique à l’université de Genève depuis 1888. En traitant la question des pressions électrostatiques, M. Soret est amené à constater la différence des résultats obtenus suivant que l’on envisage la force ou le travail, et il adopte cette dernière valeur en se fondant sur la théorie d’Helmholtz. Comme j’ai eu l’occasion de lui parler de votre opinion sur ce point, il serait très désireux de la citer. Voici textuellement ce que vous avez bien voulu m’écrire au mois d’Avril dernier.22La lettre de Poincaré n’a pas été retrouvée.

«   Je sais qu’on rencontre une difficulté quand on veut étudier les attractions de deux conducteurs électrisés plongés dans un diélectrique. Le résultat auquel on parvient n’est pas le même, suivant qu’on part de l’évaluation du travail ou de la pression électrostatique. C’est la première évaluation qu’il faut prendre, parce que à la pression électrostatique il faut ajouter les réactions des particules du diélectrique polarisées électriquement. Je n’ai dit qu’un mot à ce sujet dans le T. II. ; cette question mériterait peut-être quelque développement.   »

Autorisez-vous M. Soret à citer ces lignes ?33Soret (1892, 349) cite ces mêmes lignes. Inutile d’ajouter que si vous étiez disposé à formuler votre manière de voir d’une manière plus précise, il vous serait très reconnaissant de pouvoir ainsi appuyer ses propres conclusions.

Le résultat des recherches expérimentales que nous continuons, M. Sarasin et moi, confirme le fait que les interférences de la force électromotrice dans l’air, par réflexion sur un rideau métallique, donnent exclusivement la longueur d’onde propre au résonateur employé, et que celle-ci est la même que le long des fils métalliques.44De la Rive confirme ici les résultats de l’année 1890 où, avec Sarasin, il mit en évidence ce phénomène qu’ils appelèrent résonance multiple.

Quant au vibrateur, nous venons de faire des essais satisfaisants en faisant jaillir l’étincelle dans un diélectrique liquide (huile d’olive) au lieu de l’air. Nous obtenons ainsi une tension initiale de la capacité plus considérable, et les étincelles du résonateur sont notablement plus brillantes et continues.

Bien que votre analyse du résonateur soit favorable à l’opinion de Hertz, que le vibrateur n’a qu’une seule longueur d’onde, les résultats expérimentaux sont à cet égard peu concluants. En effet la résonance, si elle existe, est très vague, du moins aux grandes distances, 9 ou 10 mètres du vibrateur. De près, on comprend que la distance entre les capacités rend l’action électrostatique plus ou moins bien répartie pour actionner tel ou tel résonateur. Mais hors du champ électrostatique il ne paraît pas en être de même. Aussi le vibrateur à sphères de 30 cm de diamètre, avec un écartement total des centres des sphères de 80 cm, agit à peu près de la même manière que si l’écartement est de 0,50 cm sur un résonateur de 0,35 cm de diamètre. Faut-il en conclure que l’on doit tenir compte de la période des sphères elles-mêmes. Dans le calcul du vibrateur tel que vous le donnez T. II p. 153 le point du fil considéré est supposé à une distance des capacités assez grande pour que V1 et V2 soient constants. Cette question me semble importante pour l’étude des oscillations électriques. En la reprenant de plus près, vous rendriez un grand service aux physiciens.55Poincaré reprendra son calcul dans (1901, § 285).

Veuillez, mon cher collègue, recevoir l’expression de mes sentiments très empressés.

Lucien de la Rive

ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.

Time-stamp: "26.05.2014 01:58"

Références