3-45-1. H. Poincaré to Aloys Verschaffel

[Entre 1909 et 1911]

Bureau des longitudes — Palais de l’institut — 3, rue Mazarine

Mon cher Collègue,

M. Bigourdan m’a communiqué votre note sur la jeunesse des étoiles.11Guillaume Bigourdan fut membre du comité de rédaction du journal dirigé par Poincaré, le Bulletin astronomique, et membre de l’Académie des sciences de Paris, section d’astronomie. Vraisemblablement, Verschaffel a soumis une note pour publication dans le Bulletin ou les Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences. Aucune note au sujet des vitesses d’étoiles n’a été publiée par Verschaffel jusqu’à 1914, lorsque dans les pages du Bulletin, il a rappelé (sans le citer) une analyse probabiliste de Poincaré dans ses Leçons sur les hypothèses cosmogoniques (Poincaré 1911, 104–111). Prenant en compte la découverte par J. C. Kapteyn de deux essaims d’étoiles (Kapteyn 1906), Poincaré avait conclu que la Voie lactée n’avait pas encore atteint l’équilibre thermo-mécanique. Verschaffel a observé que la loi d’équipartition – employée par Poincaré sous la supposition de l’équilibre thermo-mécanique – était inadmissible. Verschaffel rejetait en bloc le modèle adopté par W. Thomson (et par Poincaré sous la même condition), lorsqu’il écrivait: ‘‘rien ne semble nous autoriser à appliquer la loi de l’équipartition de l’énergie d’un mélange de gaz à un mélange d’étoiles’’ (Verschaffel 1914, 267). L’approche de W. Thomson et de Poincaré a été défendue par Pierre Puiseux dans son commentaire sur l’article de Verschaffel. Puiseux a observé que la loi d’équipartition pouvait s’établir dans un système stellaire ‘‘sans intervention de chocs’’ (Puiseux 1914). Sur la théorie de Kapteyn, voir Paul (1993) et Van der Kruit (2015).

Elle me paraît intéressante ; permettez moi pourtant les observations suivantes ; il conviendrait de rappeler les chiffres sur lesquels vous vous appuyez, car il est nécessaire de savoir :

1° S’il s’agit seulement des mouvements propres angulaires ou des vitesses radiales, car dans le 1er cas on pourrait supposer qu’elles sont lentes parce qu’elles sont loin.

2° S’il s’agit des mouvements propres observés, c’est-à-dire des mouvements par rapport au Soleil, ou des mouvements corrigés de la parallaxe c’est-à-dire des mouvements absolus. Dans l’exposé de votre théorie, il serait nécessaire d’expliquer nettement les hypothèses dont vous partez. Les vitesses v et v sont-elles rapportées au Soleil, ou au Centre de gravité du système Solaire ; à quelle loi de probabilité sont-elles supposées satisfaire, est-ce celle de Maxwell ?22La loi de Maxwell-Boltzmann décrit la distribution des vitesses des molécules d’un gaz parfait monoatomique à l’équilibre thermodynamique.

Votre bien dévoué collègue

Poincaré

ALS 2p. A. Verschaffel 371, Château d’Abbadia.

Time-stamp: "27.12.2016 16:35"

Références