H. Poincaré to G. F. Stout

[Ca. 11–12.1905]

Quant à moi, je n’emploie jamais le verbe percevoir, ni le substantif perception par ce que je ne sais pas ce qu’ils veulent dire. J’ignore si la perception est une sensation ou un jugement, et je crois voir que les philosophes qui emploient ce mot, l’entendent les uns dans le premier sens, les autres dans le second. C’est pourquoi j’évite de l’employer.

L’auteur parle ensuite du mouvement relatif. “M. Poincaré says,” dit-il, “This affirmation, ‘the earth turns round,’ has no meaning, or, in other words, these two propositions, ‘the earth turns round,’ and ‘it is convenient to suppose that the earth turns round,’ have one and the same meaning. But if ‘the earth turns round’ has no meaning, it has the same meaning as ‘Abracadabra,’ and, if M. Poincaré is right, the same meaning, that it is more convenient than Abracadabra.” Je m’étonne que M. Russell, qui avait parfaitement compris ma pensée, n’ait pu résister au plaisir de profiter d’une équivoque pour lancer un épigramme. Si je dis, le mètre est la vraie unité de longueur cela n’a aucun sens, ou plutôt en réalité j’ai voulu dire, le mètre est l’unité de longueur la plus convenable. Et bien c’est la même-chose. Quand je dis, la terre tourne, cela a l’air de vouloir dire ; les vrais axes de coordonnées, sont ceux par rapport auxquels la terre tourne en 24 heures, tandis qu’en réalité cela veut dire ; les axes de coordonnées les plus convenables sont ceux, etc.

J’ai dit que les questions relatives aux qualités des choses réelles sont unmeaning ; par ce que pour qu’une question ait un sens, il faut qu’on puisse concevoir une réponse qui ait un sens. Or cette réponse ne pourrait être faite qu’avec des mots et ces mots ne pourraient exprimer que des états psychologiques, des qualités secondaires subjectives, qui ne pourraient être celles des choses réelles ; à la fin du paragraphe qu’il consacre à cette question, M. Russell dit ; “we may even push the theory further, and say that in general even the relations are for the most part unknown, and what is known are properties of the relations, such as are dealt with by mathematics. And this I think, expresses substantially the same view as that which M. Poincaré really holds.” M. Russell ne s’est pas trompé, c’est bien là ma pensée.11La revue Mind a également publié une réponse de Russell. A propos de la géométrie, Russell écrit (p. 143) : As regards geometry, I do not think it is necessary to my point to decide what is meant by perception. My point is that relations of order as opposed to metrical relations, are in some sense given in experience, and that this appears to show that spatial relations are to some extent empirically determined. I regret that my remark about “Abracadabra” appeared to be a mere epigram. I meant to suggest that what it is convenient to suppose must have some meaning, and I did not suppose that I was “profiting by an ambiguity,” which I should be most unwilling to do consciously.

PrTrL. Poincaré 1906.

Time-stamp: " 8.12.2014 11:23"

Références